Dans ta tête : Galerie de Portraits par Yasmine T. Miller


Couple n°3 by une tête qui tente
24 mars, 2008, 4:38
Filed under: Portraits | Étiquettes: , , , , , , , , , ,

C’était un grand jeune homme au regard trouble et à la préciosité infinie d’une duchesse autrichienne. Son teint délicat d’éphèbe grec, aux mœurs équivoques, attirait fatalement l’attention admirative ou malsaine de ses frères, vautrés dans un voyeurisme inquisiteur.

Forte de sa jeunesse éclatante, irradiante de fraîcheur, elle l’aperçue un soir d’office. Les psaumes moribonds et creux repris en chœurs, mais sans cœur, par la cohorte de bigots et de bigotes résonnaient inéluctablement faux, sous les voûtes humides aux lourdes poutres apparentes, théâtres en tout temps de noces païennes aux divinités sombres.

Fidèle parmi les fidèles, il semblait étrangement seul et reclus, comme perdu de sa soudaine gloire, sûrement par inhabitude. De ses doux yeux de première communiante, elle trouva cela touchant, ou terriblement pompeux. Ne lui accordant que des soupirs de dédain pour mieux cacher sa curiosité insatiable. Habile machiavel, elle feignit même la découverte banale d’un inconnu lors de leur première confrontation officielle, il en fit tout autant.

Pour cacher son abyssale attirance, signe évident de faiblesse, il crut bon de réciter quelques lieux communs affligeants, parés de cynisme mondain. Tentative futile et maladroite qu’elle perçu immédiatement. Sa longue canne de dandy misanthrope en main, il la poursuivit invariablement, avec l’obstination folle des amoureux éconduits.

Elle lui céda cependant un unique rendez-vous, un après-midi d’hiver, dans un café cossu de Saint-Germain. Délicatement accoudée contre les coussins épais d’une banquette en bois verni, elle l’aperçu arrivant au loin d’un pas pressé. Son regard ténébreux croisa le sien, alors qu’il esquissait un sourire facétieux au coin de sa lèvre, pâle d’angoisse et de froid. Comme emporté par tant de candeur, elle ne pu s’empêcher, elle aussi, de sourire. Dévoilant ainsi ses longues canines blanches de louve féroce.

Alors qu’il lui parlait, avec nostalgie, de son enfance épique, passée à défier le danger dans les forêts hostiles de sa lointaine contrée sauvage, une douce plénitude s’échappa du regard de la demoiselle. Elle les vu s’étreindre amoureusement lors d’un flamboyant crépuscule d’été sur la côte. Perdus dans le paysage inexorablement jauni par la canicule battante, encombré de pinèdes et clairsemé de quelques oliviers millénaires. Sa légère robe virevoltée par le souffle brutal du mistral. Protégée à jamais par les bras tendres de son amant. Comblée d’insouciance. Bercée par le romantisme hardant d’une symphonie de Schumann.

Gentleman téméraire, il insista pour payer l’addition.

Image de : Les amoureux du café de la Garre de  Desson


Article de : A. P


Laisser un commentaire so far
Laisser un commentaire



Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s



%d blogueurs aiment cette page :