Dans ta tête : Galerie de Portraits par Yasmine T. Miller


Pacifique by une tête qui tente

 » Je suis l’océan Pacifique et je suis le plus grand. On m’appelle ainsi depuis très longtemps, mais ce n’est pas vrai que je suis toujours pacifique. (…) »

Cette phrase est à l’origine d’une des plus grandes fascinations et insatisfaction de ma vie. Elle ouvre « La ballade de la mer salée » d’Hugo Pratt. Elle m’a permis de me fasciner successivement d’un personnage imaginaire puis d’un personnage réel. Elle a prolongé mon envie d’évasion qui s’avère être une envie quotidienne et répétitive et qui, après maintes réflexion restera toujours et me suivra. Elle me maintient en perpétuelle recherche et conserve ma curiosité.

Petit aperçu d’une vie d’un autre qui me fait rêver.

Contexte: il est en Amérique du Sud, après une rencontre avec un pilote ce dernier lui a proposé de le déposer en Amazonie en pleine jungle et de venir le chercher 10 jours plus tard, le pilote en question est retardé ce qui laisse l’occasion à Hugo Pratt de découvrir un autre mode de vie.

« Pour bien comprendre les Chavantes, j’avais commencé à établir un petit dictionnaire de leur langue. Et j’ai même fait partie de leurs sociétés secrètes! Les hommes se réunissaient entre eux et étaient censé s’occuper de magie, mais en réalité ils restaient assis à fumer. Quand je leur ai demandé où était la magie dans tout cela, ils m’ont fait comprendre que les rites magiques n’étaient qu’un prétexte pour se retrouver tranquilles entre hommes, loin des femmes et de leurs histoires. Au fond, c’était le même principe que les clubs de la haute société britannique: entre un guerrier de la tribu de Chavantes et un colonel de l’armée des Indes, il n’y avait pas tellement de différence. »

Ce post est rempli de mots repris d’un homme dont la vie me passionne mais c’est uniquement pour montrer que même sans écrire moi même, juste en lisant, je me reconnais. C’est pourquoi j’ai passé la plupart de mon temps jusqu’à présent à lire, et à m’abreuver de la vie réelle ou imaginaire de gens que je pouvais rencontrer ou lire. Ces gens m’ont enrichis. J’espère en rencontrer et en lire d’autre mais pour l’instant c’est lui que je vous lis.

 » Depuis mon arrivée dans cette ville (Bélem), j’étais intrigué par un Indien qui se tenait souvent sur une place; il était nu, tout orné de colliers et de plumes, et vendait des babioles aux touristes américains, auprès desquels il remportait un grand succès.

Un jour que j’étai là, moi aussi, à le regarder, un touriste américain lui marche sur le pied, et j’entends l’Indien prononcer la phrase « Mannaggia de ta stramuort », c’est à dire « Malédiction à toi et à tes ancêtres ». Je me dis « C’est bizarre, je comprends cette langue indienne. » Puis brusquement, je me rends compte que cette insulte est en fait du dialecte napolitain! Je m’adresse alors à cet « Indien » et lui dis en italien : « Mais toi, tu es napolitain! » Il me répond de la fermer, mais je lui demande ce que lui, un Napolitain, il fait là, déguisé en Indien, les fesses à l’air et les testicules dans des fibres végétales. Il me dit de le suivre, nous embarquons dans une pirogue à moteur et arrivons dans une île où se trouve une maison superbe, d’une architecture proche du mouvement Bauhaus, avec l’air conditionné. L' »Indien » enlève ses plumes, efface ses tatouages, prend une douche, m’offre un verre, met un disque de Boccherini et redevient Salvatore Vitali, Napolitain. Il m’explique tranquillement qu’il déteste les Américains et les Français depuis qu’il a travaillé avec eux au Venezuela, à Maracaïbo, dans des raffineries, où les patrons sont américains et les chefs du personnel français. Alors, il est venu au Brésil, a fait un peu de proxénétisme – il embauchait des Indiennes dans des boîtes de nuit – , puis a décidé de se déguiser en Indien et de vendre des choses sans aucune valeur aux touristes américains et français : c’était sa façon de se venger. Il me demande ce que je fais à Bélem, je lui réponds que je suis coincé là faute de place dans les avions, tout étant réservé par des voyages organisés pour Américains dans les Caraïbes.

En m’entendant, il décroche son téléphone, dit quelques mots, et le lendemain je pouvais quitter le Brésil, sans doute à la place de quelqu’un d’autre. Ce type était étonnant. C’était un amoral complet, il avait un associé français qu’il envisageait de tuer. Dans une histoire il n’aurait pas paru crédible : une fois de plus, je vérifiais que la réalité dépasse la fiction. »

Conséquences imédiates de mes pensées après tout ça : je ne fais pas parti du bon sexe dans le monde actuel… Attendons voir le monde de mes prochaines années…

Dernière anecdote :

« Mes séjours sont pleins de rencontres étonnantes. Un jour, à Moulhoulé, un chamelier danakil que je n’avais jamais vu vient vers moi et me dit : « Vous êtes Hugo Pratt. » Il m’explique qu’il a travaillé à Milan comme mannequin, mais qu’il en a eu assez de vivre dans le froid, la pluie, la pollution, en ne mangeant que trois oranges par jour pour garder la ligne, et qu’il a préféré retourner au silence et à la paix du désert… »

Tout ça justifie en partie mon goût des autres, des rencontres et des voyages. Je n’ai pas l’occasion de les vivre tous les jours alors je fais en sorte de les lire tous les jours.
Article de : Une tête qui tente


Un commentaire so far
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et moi qui croyais que tu avais ete dubitative quant a hugo pratt….

Commentaire par Isaure




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